Déceler la febrilité du maire d’Hénin-Beaumont en Conseil Municipal en 3 astuces

Vendredi dernier, il y a pile poil une semaine, à 9h du matin s’il vous plait, nous avions donc Conseil municipal. Comme d’habitude prévenus en dernière minute. Comme d’habitude sur les horaires de travail. Mais les habitués de ce blog savent 😉

La Voix du Nord a souligné dans son compte-rendu la « quasi-normalité » de ce Conseil. Pour une fois en effet, le maire a enjoint tout le monde (et pas juste l’opposition) à « rester dans le sujet » (il faut dire que Bruno Bilde, le Président du groupe « ex-FN maintenant Rassemblement National » est un habitué des digressions/saillies verbales, avec un gros avantage sur l’opposition: celui de ne quasiment JAMAIS se faire rappeler à l’ordre par le maire qui a du mal (ou le simule) à se faire respecter de ses plus proches élus.

Un conseil municipal presque normal

Mais même en « restant dans le sujet », le Front National reste le Front National. Enfin le Rassemblement National maintenant ;). Surtout quand une intervention de l’opposition le déstabilise.

Alors comme mystérieusement mon traditionnel enregistrement vidéo du Conseil n’a pas fonctionné (« problèmes de réseau »), retour sur quelques points chauds du Conseil de vendredi dernier, avec en prime 3 astuces pour déceler lorsque nous touchons le maire et son equipe « là où ça fait mal ».

(1) [Au sujet des Employés Municipaux] Répondre à vos interventions par le mépris et des expressions loufoques

« Vous mélangez les choux et les légumes. Enfin les autres fruits » (cherchez l’erreur) .  C’est par cette réplique devenue culte que Steeve Briois a commencé par répondre à mon intervention sur les employés municipaux en début de Conseil.

A l’ordre du jour: le rapport sur les actions entreprises par la commune à la suite des observations de la Chambre Régionales des comptes.

Les enseignements de ce rapport? Il prouve que plus de 4 ans après le début de son mandat, Steeve Briois est encore en train encore de se mettre en conformité avec la règlementation (l’inventaire des biens est seulement en cours, la « stratégie » financière qu’il aurait été logique d’arrêter en début de mandat pour examiner chaque année son évolution a seulement été mise en place, ainsi que le « projet d’administration » qui du coup est prévu pour 2018-2022 alors qu’il aurait été logique de l’étaler sur la mandature (2014-2020)).  Rien d’extraordinaire dans une mairie qui a tant souffert des irrégularités jusque la révocation de son maire corrompu Gérard Dalongeville en 2009. Je vis la même situation à l’hôpital d’Hénin-Beaumont en tant que présidente: la pente se remonte, elle est raide mais elle se remonte. Mais le fait que la municipalité héninoise en soit encore à rectifier des modes de fonctionnement en 2018 alors que Steeve Briois a été élu maire en 2014 devrait amener l’équipe frontiste en place à être plus humble lorsqu’elle évoque le mandat d’Eugène Binaisse, qui lui même n’a eu que 4 ans suite aux municipales partielles de 2009 et a hérité d’une ville en bien plus triste état.

Dans les mesures mises en place pour appliquer les préconisations de la Chambre régionale des comptes, deux posent toutefois problème.

Prévention des arrêts maladie – Les magistrats avaient premièrement recommandé ‘une analyse approfondie, en lien avec les chefs de services, des différents motifs d’absences pour maladie, pour une meilleure compréhension des raisons de ces absences et l’adoption de mesures préventives appropriées pour tenter d’y remédier ». Réponse de la municipalité dans le rapport que nous avions a examiner vendredi dernier? « Un contrôle des contre visites médicales a été considérablement développé afin de participer à la lutte contre l’absentéisme ». Là où la recommandation de la chambre régionale des comptes parlait prévention, le maire répond répression, flicage. Ajoute de la tension à la tension qui a déjà fait partir tant d’agents depuis son arrivée en poste.

Les jours de congés des employés municipaux – Deuxièmement, la chambre régionale des comptes avait préconisé la suppression des jours de congés règlementaires. La problématique ici est toute autre: certes, les employés municipaux d’Hénin-Beaumont, comme dans beaucoup d’autres villes, ont plus de jours de congés que ne l’impose la loi. Cela est une reconnaissance de leur travail et de la difficulté de leurs missions (ne doutez pas qu’être employé municipal à Hénin-Beaumont, vu les épisodes précédents, c’est parfois rocambolesque). Les salaires ne sont pas élevés. Alors ces jours de congés supplémentaires sont une petite compensation. Certains d’ailleurs, dans les plus bas salaires, les « économisent » sur leur compte-épargne temps et se les font payer, ce qui leur permet certains mois d’améliorer l’ordinaire et est une vraie mesure pro-pouvoir d’achat.

Bref, que la Chambre régionale des comptes, qui est là pour compter, se dise que ça couterait moins cher sans, est totalement normal et raccord avec ses missions. Que le maire se conforme docilement à cette préconisation est par contre contraire à ce qui serait attendu d’un édile qui défendrait les agents grâce à qui « sa ville avance » pour reprendre son slogan préféré.

En appliquant cette mesure de manière servile, Steeve Briois et le Rassemblement national bafouent les valeurs qu’ils prétendent pourtant défendre à longueur d’année. Bref, au FN/RN, on prétend tous azimuts qu’il faut « résister aux diktats »  de Bruxelles, des Lobbys, des juges gauchistes et des bien pensants quand on est dans l’opposition, mais l’attitude une fois aux commandes est un peu différente. Nos agents municipaux méritent mieux que cela. Plusieurs maires ont d’ailleurs reçu la même préconisation et ont fait savoir qu’ils ne l’appliqueraient pas. Et vous savez quoi? Ils en ont le droit. Et je dirais même plus le devoir moral.

Mal à l’aise car ne sachant pas quoi répondre, la majorité municipale m’a répliqué que j’étais « populiste et démagogue ». Il faut dire que l’on a affaire à des spécialistes… qui ont fâcheusement tendance à projeter sur les autres leurs propres turpitudes, comme pour faire diversion. On a déjà vécu le même genre de sketch lorsqu’ils m’ont  expliqué plus tôt dans le mandat que j’étais totalitaire, extrémiste et haineuse. Ou quand Bruno Bilde m’avait accusée d’être un emploi fictif: il y en a qui sont poursuivis pour cela en France et jusqu’à preuve du contraire ça se passe plutôt dans son camp, lui-même ayant démissionné précipitamment au moment où l’affaire éclatait. Ou encore quand le même Bruno Bilde (décidément) explique que l’opposition héninoise est « charognarde » alors que nous n’avons qu’une chose en tête: notre ville et ses habitants. Et que jusqu’à preuve du contraire, là aussi, ça n’est pas nous qui sommes poursuivis pour incitation à la haine, relayons des photos de Daesh à des fins électoralistes ou montons les français les uns contre les autres à notre profit.

(2) [Au sujet des cantines scolaires] Passer au vote de manière précipitée pour mettre un terme à un débat génant

Deuxième « gros sujet » de ce Conseil municipal: la restauration scolaire et son nouveau système de tarification au 1er septembre 2018 (il faut commencer par dire que ce sujet arrive au Conseil municipal après « l’internalisation » de la Caisse des écoles, et que c’est donc la première fois que j’avais à les étudier).

La première chose qui m’a interpellée, c’est qu’il n’y ait pas de tarif dégressif selon nombre d’enfants scolarisés par famille. Il y a un tarif social, certes, mais même avec tarif social, quand on a plusieurs enfants qui mangent à la cantine tous les jours, l’addition est salée en fin de mois et ce critère me parait donc à prendre en compte.  C’était une simple suggestion, présentée calmement. Bruno Bilde a alors répondu complètement à côté, m’expliquant que je ne comprenais rien et qu’il y avait déjà des critères sociaux (ce que je venais de dire mais peut être sa mauvaise foi le rend-il sourd). Je n’ai bien entendu jamais prétendu qu’il fallait supprimer les critères sociaux et les remplacer par un critère de nombre d’enfants scolarisés, mais bien que ces deux critères devraient être cumulés pour plus de justice. Si la municipalité suivait cette remarque, à salaire égal, une famille nombreuse bénéficierait donc éventuellement du critère social selon ses revenus, et en plus du critère du nombre d’enfants.

Deuxième chose qui m’a contrariée: la principale « innovation » prévue par cette délibération concerne les délais de réservation; les parents devront à partir de la rentrée de septembre faire connaitre 15 jours à l’avance les dates auxquelles leurs enfants mangeront à la cantine. Et seront pénalisés financièrement si leur enfant était inscrit et n’a finalement pas mangé ou n’était pas inscrit 15 jours à l’avance l’a finalement fait en dernière minute (enfin 12 jours avant c’est un peu plus que de la dernière minute mais bon). J’ai signalé que je comprenais l’objectif avancé de « lutte contre le gaspillage alimentaire », mais que le gaspillage alimentaire en question avait quand même bon dos: la lutte « anti-gaspi » peut passer par plein d’autres actions que les sanctions financières (possibilité de choisir entre petite et grosse portion alimentaire, ou de se resservir, pesée des restes alimentaires avec les enfants, etc). En matière d’éducation à l’environnement, la sanction (surtout qu’elle vise les parents et donc ne sensibilise pas les enfants) me parait un peu déconnectée.

Surtout, savoir 15 jours à l’avance quand vos enfants mangeront à la cantine ne me parait pas convenir à toutes les situations professionnelles, et notamment aux emplois difficiles (santé, caisse, routiers) sur lesquels  un parent est susceptible d’être « rappelé » à tout moment, parfois même du jour pour le lendemain.

Sanctionner financièrement un parent, même d’un euro symbolique, alors qu’il subit une contrainte professionnelle, c’est appliquer la double peine. Et c’est  injuste. J’ai donc proposé qu’une attestation de l’employeur permette au parent ainsi réquisitionné de manière imprévue de bénéficier tout de même du tarif classique. Et nous en avions d’ailleurs discuté avec le maire et l’adjointe aux affaires scolaires la veille en commission.

Devant cet argument de bon sens, le maire, embarrassé, a alors demandé publiquement au Directeur Général des Services d’insérer sur le formulaire de réservation des repas de cantine une case permettant de « justifier » l’inscription tardive, avant de mettre précipitamment la motion aux voies.

Avant de voter (je n’aurais pas voté la motion en l’état mais était prête à la voter si la motion était amendée par le maire dans le sens indiqué), j’ai donc demandé au maire si cette remarque au DGS était juste orale ou si la consigne figurerait officiellement dans la délibération, mais il ne m’a jamais laissée parler, en criant que c’était trop tard, que l’on votait, que le débat était fini.

Je n’ai toujours pas compris le sens de son comportement. ll tenait pourtant là une double occasion d’améliorer sa délibération en la rendant plus socialement acceptable, et d’obtenir le consensus autour d’une réforme difficile.

Mais bon, encore une fois, avec le Rassemblement National, il y a les paroles, et il y a les actes… (et parfois un gouffre entre les deux).

Notons que dans la tension du moment, le groupe d’opposition n’a pas pu voter. Ni pour, ni contre, ni abstention. Puisque nous attendions la fin du brouhaha pour exprimer notre position de vote selon la réponse du maire sur notre proposition. Nous attendons avec impatience de voir ce qui sera noté au compte-rendu sur ce point. Ce qui est sur c’est que nous n’avons pas « refusé de voté » : on ne nous en a pas laissé l’occasion.

(3) [Au sujet des Compteurs Linky] Récupérer un sujet en dernière minute et décréter qu’on est le seuls à le traiter de manière « apolitique » (ce qui n’a pas de sens)

Après quelques autres péripéties – dont je vous épargne les détails -, nous en sommes donc arrivés aux « motions », dernier point de l’ordre du jour du Conseil Municipal.

Deux d’entre elles (l’une provenant de l’opposition, l’autre du groupe majoritaire) portaient sur les compteurs Linky qui défraient actuellement la chronique sur le secteur, et pour cause puisqu’il interpelle sur :

  • Les libertés publiques et la protection données;
  • La santé et le principe de précaution;
  • Le sort des sous-traitants;
  • Le pouvoir d’achat / les potentielles hausses de facture;
  • L’obsolescence programmée et le gâchis de 35 millions de compteurs qui marchent encore;
  • Les mensonges d’ENEDIS, ce qui est très choquant de la part d’une structure chargée d’une mission de service public;
  • Etc.

Il faut préciser ici que ma première intervention en Conseil municipal sur ces compteurs date de 2015, lorsque Steeve Briois avait présenté une délibération autorisant sur la commune l’installation de compteurs GAZPAR (l’équivalent de Linky pour le Gaz). A l’époque, les élus Fn avaient ri et m’avaient fait passer pour une « complotiste écolo » « hostile au progrès ». Je précise que maintenant que le sujet est « à la mode », leur position à évolué. Et je vais vous dire c’est tant mieux (comment ne pas se réjouir quand l’équipe en place devient d’accord avec votre position initiale après 2 ans de mure réflexion ;)).

Entre temps, les choses ont bien avancées. Je participe aux collectifs anti-linky du secteur depuis leur création. Et la sensibilisation de la population et des élus du territoire a été tellement efficace que l’agglomération d’Hénin-Carvin, a adopté fin juin une motion condamnant les dits compteurs à l’unanimité!

J’avais depuis quelques mois commencé à travailler à une motion pour le Conseil Municipal sur le sujet mais ai attendu pour la déposer la tenue de débats locaux (un Collectif citoyen était en cours de constitution sur la commune qui souhaitant organiser une réunion publique sur le sujet), pour affiner l’argumentation du texte.

Bref, le 6 juin, le Collectif Citoyen organise enfin son débat, en invitant l’une des parlementaires qui connait le mieux le sujet (et il se trouve qu’elle est écologiste): j’ai nommé Michèle Rivasi.

Rivasi Linky

(Lire l’article ici)

Alors que le sujet est devenu populaire parmi les habitants sincèrement inquiets, cette réunion provoque une colère inexpliquée du maire qui dès l’évènement Facebook créé, contacte les collectifs stop linky du coin pour lui aussi organiser « SA » réunion. Bon c’est puérile, tout ça, et sur le moment j’en rigole.

Mais il surjoue l’indignation, parle d’une réunion «  »avec une députée d’extrême gauche » (c’est sur que vu d’où Steeve Briois parle, beaucoup de gens sont d’extrême gauche pour lui 😉 ») et annonce, royal, que lui organisera « une réunion apolitique sur le sujet ». Parce que non, vous ne rêvez pas: une réunion organisée par un collectif citoyen, pour Steeve Briois, c’est « politique ». Une réunion organisée par Steeve Briois, pour Steeve Briois, c’est « apolitique » (bien sûr, la réunion « apolitique » en question a été introduite par un adjoint au maire frontiste sans que cela ne choque personne).

Notons par ailleurs que le maire amalgame le collectif citoyen à l’opposition, preuve qu’il n’a pas tout compris au film, mais passons…

Bref, ces attitudes de cours de récréation maternelle ne m’ont pas perturbée plus que cela (la force de l’habitude ;)).  J’ai même assisté aux deux réunions car je trouvais cela important qu’elles existent (mon côté fairplay surement ;)). Et ai bouclé le texte préparé sur linky en rentrant pour le faire relire par mes collègues du groupe d’opposition qui l’ont tous signé, et le déposer en vue d’un examen au Conseil Municipal de Juillet.

Le Front National avait annoncé entre temps, au cours de SA réunion publique rien qu’à lui, qu’il déposerait une motion également. Dont acte.  Je n’allais pas m’interdire de continuer un sujet sur lequel je travaille depuis 2 ans pour céder à leurs caprices de récupérateurs de dernière minute… Surtout: quand vous tenez à un sujet, que vous pensez sincèrement qu’il faille combattre un dispositif, et que quelqu’un d’autre pense comme vous et annonce qu’il va l’écrire et le voter, normalement vous êtes contents. C’était en tout cas mon cas.

Mais à Hénin-Beaumont voyez vous, ça ne se passe pas comme ça. Car revenons-en au Conseil Municipal du 6 juillet: après un échange de points de vue (complémentaires) sur la question et un débat qui (pour une fois!) se passait bien, j’ai proposé que les deux motions soient votées à l’unanimité. C’est à dire que l’opposition vote celle de la majorité et que la majorité vote celle de l’opposition. Je précise que ces deux textes disaient les choses différemment, mais disaient bien la même chose.

Nous avons donc voté, avec mes collègues, à l’unanimité, la motion de la majorité qui bien sûr, avait été examinée en première.

Et la minute d’après, lorsque ce fut le tour de la notre et alors que les élus FN semblaient disposés à la voter – puisqu’encore une fois elle disait la même chose que la leur -, Bruno Bilde, leur président de groupe, a pris la parole pour expliquer « qu’il ne voterait pas cette motion politicarde » « qui en plus disait la même chose que la leur et était donc inutile« .

Excusez-moi mais ne pas voter une motion qui dit quelque chose avec lequel vous êtes entièrement d’accord, juste que parce qu’elle ne vient pas de vous, je pense que c’est exactement la définition d’un réflexe politicard.

Bref, encore une fois, la paille, la poutre, et un vote de tolérance, la grande spécialité du Front National 🙂

En attendant le prochain épisode, et si je sujet vous intéresse, vous pouvez retrouver le texte de notre motion ci-dessous  ou Ici au format PDF 🙂

 

Motion linky 1Motion linky 2Motion linky 3

(en vous souhaitant de bonnes vacances et en restant à votre disposition si besoin de complément sur tel ou tel point).

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