Moins de béton et plus de santé environnementale: mon intervention de ce soir à l’occasion du débat d’orientation budgétaire à l’agglomération Hénin-Carvin

Ce soir, les élu-e-s de la Communauté d’agglomération Hénin-Carvin ont procédé au traditionnel « Débat d’orientation budgétaire », qui est également l’occasion d’examiner le rapport annuel « développement durable ».

Vous trouverez ci-dessous l’intervention que j’ai prononcée à ce sujet.
Vous en souhaitant une bonne lecture!

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Monsieur le Président,

Mes chers collègues,

Je ne m’étendrai pas sur le Rapport d’Orientation Budgétaire hormis pour remercier le Vice-Président aux finances Régis Delatre du travail de consensus qu’il fournit au quotidien ; En lien avec les membres l’exécutif, mission qui je l’imagine ne doit pas être de tout repos, surtout vu l’incertitude que le gouvernement actuel laisse planer sur nos finances.
Je ne m’étendrai pas plus sur le Rapport concernant l’égalité Homme-Femme si ce n’est pour regretter que ce soit souvent la seule occasion que nous ayons d’entendre une femme prendre la parole de cette tribune. Mais comme je suis de bonne foi, je vais tout de même saluer les progrès récents en matière de parité dans cette assemblée. Nous sommes sur la bonne voie et cela doit être salué même si de là à l’égalité réelle, la route sera encore longue.

Je voulais plutôt ce soir intervenir pour mettre l’accent sur le Rapport du développement durable 2018 car souvent il est injustement oublié, tout le monde ayant les yeux rivés sur les orientations budgétaires. Cette intervention, donc, pour rendre hommage au travail fourni sur le sujet, par la Commission développement durable, son Président, et l’équipe de Benoit Deram, Responsable du service environnement.

Je l’avais déjà dit l’année dernière et il me semble l’année d’avant : la CAHC s’engage avec beaucoup de volontarisme pour le développement durable et c’est à souligner. Parc des îles, ressourcerie, distribution d’ampoules à économie d’énergie, primes énergies renouvelables pour les particuliers, et même, ça c’est pour mon voisin qui manifestement est fan, « chantier crapaud », nous pouvons être fiers du travail accompli et n’avons pas à rougir de notre bilan en la matière, même si la tâche est immense et le chemin encore long.

Puisse le pot de « miel du parc des îles » qui vous a été remis ce soir vous le rappeler tout au long de l’année à chaque fois que vous y gouterez. Mais à chaque fois qu’il se rappellera à votre mémoire, vous pourrez également penser à ces deux remarques que je vais faire. N’y voyez rien de personnel – ça va sans dire mais ça va mieux en le disant comme dirait l’autre – mais c’est mon rôle d’écologiste que de les faire. Je ne respecterai pas pleinement mon rôle d’élue en me taisant et en ne cherchant pas à ce que collectivement, nous allions plus loin en la matière.

Cela ne m’empêchera par ailleurs pas de voter favorablement à l’issue de ce Rapport d’orientation budgétaire, certaines que mes remarques seront entendues et, au fur et à mesure, prises en compte, car je sais que le contexte invite malheureusement chacune et chacun d’entre vous à être, de fait, de plus en plus sensibilités aux enjeux environnementaux.

Ma première remarque concerne la disparition progressive des terrains agricoles sur notre territoire.

Certes, la CAHC n’est pas la seule agglomération concernée. Dans le Nord et le Pas-de- Calais, ce sont d’ailleurs 900 hectares de terres agricoles qui disparaissent chaque année. Cela représente 1 200 terrains de football.  Par an.

Pourquoi cela doit nous alerter ? Pas seulement pas amour du football…

Premièrement, cela met en danger notre alimentation de demain. On entend parler de plus en plus, et c’est tant mieux, de circuits courts, de produits locaux dans nos cantines. Mais à chaque champ qui disparaît, c’est cette ambition que l’on condamne. Et cela d’autant plus que dans le même temps, les rendements agricoles sont amenés à diminuer, car la recherche souligne que le réchauffement climatique mais aussi la pollution de l’air joue de manière très défavorable sur ces rendements (la dernière étude en date sur le sujet montre par exemple qu’il faut s’attendre à une baisse de 20% du rendement du blé en France d’ici 2030 due uniquement à la mauvaise qualité de l’air).

Ensuite, cela augmente les risques d’inondations et vous savez que nous y serons, dans les années à venir et à mesure que le climat poursuivra son dérèglement, de plus en plus exposés. Le sol est une éponge qui est en capacité, lors de fortes précipitations, d’absorber beaucoup d’eau. Schématiquement, lorsqu’on le bétonne, il se transforme en toile cirée sur laquelle l’eau glisse et s’accumule, ne trouvant plus d’échappatoire. Et accentuant ainsi les dégâts causés, à niveau de précipitations équivalent. Nous avons précédemment débattu de GEMAPI et craint les dépenses futures engendrées pour notre agglomération. Prendre garde à l’overdose de béton, c’est éviter des dépenses à venir.

Unknown

Alors voilà, lotissements, routes, grandes surfaces… engloutissent irréversiblement des milliers d’hectares de champs et de pâturages. Et notre agglomération est très concernée, notre récente décision concernant la façade Est de l’autoroute en témoigne.

Comprenez moi bien : je ne présents bien sûr pas que nous devons gérer ce territoire en mode « hibernatus », pour reprendre une expression chère à Bruno Bilde.

Il est possible, bien évidemment, de concilier développement économique ou urbain avec protection des surfaces agricoles. La seule condition étant de toujours garder cet objectif en tête et considérer l’impact environnemental des projets lorsque nous les bâtissons et les votons. Et de le mettre en balance avec les gains attendus. Peut être que toutes les disparitions d’hectares de champ votées ces dernières années n’en valaient pas la peine.

J’ai à cet égard beaucoup aimé l’approche du leader local du frêt et de la logistique invité lors des vœux de notre agglomération. Son activité, il l’a reconnu, est gourmande en terme d’impact énergétique. Mais il n’a pas éludé la problématique et semblait l’avoir bien en tête. J’ai d’ailleurs pris contact avec lui pour prolonger l’échange.

Le deuxième sujet dont je voulais vous parler, c’est la santé.

Quel rapport avec le développement durable me direz vous ?

Dans notre société – et le bassin minier, bien au contraire même, n’y échappe pas -, nous sommes de plus en plus malades de notre environnement.

Si les dépenses sont programmées intelligemment, en prenant en compte ce double objectif, chaque euros dépensé dans l’environnement peut donc avoir un impact positif sur la santé de nos concitoyens. C’est ce que l’on appelle la synergie. Et cette synergie, puis que nous avons toutes et tous l’efficacité de la dépenses publique en tête, nous devons la rechercher.

Sur l’arrondissement de Lens, dont nous faisons partie, la mortalité est supérieure de 67% à la moyenne nationale selon le dernier chiffre à notre disposition sur le sujet, par rapport à la moyenne nationale. C’est le plus gros écart d’Europe entre un territoire et sa moyenne nationale. Et nous ne devons pas, nous élus, le considérer comme une fatalité.

Dans ce rapport, je lis bien sûr que des choses sont faites sur la santé, en terme de sport santé, d’accès aux soins, d’accompagnement des associations de malades d’Alzheimer et d’encouragement des circuits courts par exemple (ce qui nous renvoie d’ailleurs à ce que j’ai dit précédemment sur l’attention à porter au maintien d’une agriculture locale).

Je me félicite de tout cela mais je pense que c’est l’axe sur lequel nous avons la marge de progression la plus forte.

Rassurez vous, je ne vais pas vous reparler ce soir de la ligne THT, de gaz de houille, des compteurs linky, des perchlorates dans l’eau : je ne veux pas que vous fassiez une overdose d’écologie, donc je continuerai comme je le fais régulièrement de me rappeler à vous sur ces sujets lors de prochaines séances de notre Conseil.

Ce soir et pour terminer, c’est des perturbateurs endocriniens dont je vais vous parler.

Ils sont un ennemi invisible qui affecte notre santé au quotidien. Au fil des années, ils sont devenus omniprésents. Dans l’eau que nous buvons, l’air que nous respirons, les aliments que nous mangeons.

Ils sont des substances chimiques étrangères à l’organisme qui peuvent interférer avec le fonctionnement du système endocrinien et induire ainsi des effets délétères sur cet organisme ou sur ses descendants. Comme les néonicotinoides, le glyphosate, les conservateurs, le parabène, et des tas d’autres substances au nom barbare qui défraient régulièrement la chronique.

L’Organisation Mondiale de la Santé et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement les considèrent je cite comme « une menace mondiale à laquelle il faut apporter une solution »

Alors je sais que ce sujet peut être très déstabilisant pour un élu. Car il semble contre intuitif – pour quelqu’un qui a vocation à résoudre les problèmes de ses concitoyens -, d’alerter la population, de poser un problème, sans être en mesure de le solutionner.

La bonne nouvelle c’est que les solutions existent et que des associations travaillent, au niveau national et sur le territoire, pour accompagner les collectivités qui s’engagent pour faire reculer les perturbateurs endocriniens. Pas loin d’ici, et sans plus de moyens à disposition, l’agglomération « Coeur d’Ostrovent » a par exemple pris des engagements forts qui commencent à se concrétiser.

Ce n’est pas le lieu ce soir de faire tout le débat sur le sujet, le plus d’efficace serait d’y travailler et de proposer lors qu’une séance à venir, une charte d’engagement pour un territoire « sans perturbateurs endocriniens ».

Je me tiens à la disposition de celles et ceux qui sont prêtes à y travailler, et en premier lieu du Président de la Commission du développement durable avec lequel j’ai déjà pu m’entretenir du sujet et que j’y sais sensible.

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